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Bactériologie

L'eau potable doit être exempte de tout micro-organisme pathogène. Les bactéries indicatrices ci-dessous sont les "sentinelles" de la qualité microbiologique : leur détection révèle une contamination fécale et impose des mesures immédiates.

Escherichia coli (E. coli) Absence requise — 0 UFC/100 mL

Bactérie anaérobie facultative vivant naturellement dans l'intestin humain et animal. Sa présence dans l'eau signale une contamination par des matières fécales récentes (rupture de réseau, intrusion d'eaux usées, défaut de désinfection). C'est le principal indicateur microbiologique réglementaire.

Effets sur la santé

Gastro-entérites, diarrhées, vomissements. Certaines souches entérohémorragiques (E. coli O157:H7, O104:H4) provoquent des syndromes hémolytiques et urémiques (SHU) potentiellement mortels chez les jeunes enfants et les personnes âgées.

Que faire si ma commune est concernée ?
En cas de détection, l'ARS émet un avis de restriction d'usage (ne pas consommer crue, faire bouillir 1 minute). Ne pas préparer les biberons avec cette eau. Contacter immédiatement votre mairie ou votre distributeur. Une distribution d'eau embouteillée peut être mise en place.
Entérocoques Absence requise — 0 UFC/100 mL

Bactéries à Gram positif du genre Enterococcus (E. faecalis, E. faecium…), présentes dans la flore intestinale de l'homme et des animaux. Plus résistantes dans l'environnement que E. coli, elles indiquent une contamination fécale ancienne ou persistante. Leur absence est obligatoire.

Effets sur la santé

Infections urinaires, endocardites, méningites chez les personnes immunodéprimées. Certaines souches sont résistantes aux antibiotiques (entérocoques résistants à la vancomycine, ERV), ce qui complique le traitement.

Que faire si ma commune est concernée ?
Même protocole qu'E. coli : ne pas consommer sans faire bouillir. Contacter l'ARS (Agence Régionale de Santé) ou votre distributeur d'eau. Une enquête épidémiologique est systématiquement déclenchée.
Coliformes totaux Valeur de référence — 0 UFC/100 mL

Groupe large de bactéries incluant E. coli mais aussi des espèces environnementales (Klebsiella, Enterobacter…). Certaines colonisent naturellement le sol et les végétaux, d'où une présence possible sans contamination fécale directe. Valeur de référence qualité (non réglementaire), mais signal d'alerte pour le distributeur.

Effets sur la santé

Moins directement pathogènes que E. coli, mais leur présence indique un défaut de traitement potentiellement favorable à des germes dangereux.

Que faire si ma commune est concernée ?
Déclenchement d'une surveillance renforcée. Si le taux est élevé, une mesure conservatoire (faire bouillir l'eau) peut être recommandée par précaution. Signaler au distributeur.
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Inorganiques

Les composés inorganiques regroupent des ions naturellement présents dans l'eau (nitrates, ammonium, minéraux) mais aussi des indicateurs physico-chimiques globaux comme le pH, la turbidité ou la conductivité. Certains ont des limites réglementaires strictes, d'autres des valeurs de référence qualité.

Nitrates (NO₃⁻) Limite réglementaire — 50 mg/L

Ions azotés issus principalement de la dissolution des engrais minéraux et de la décomposition des déjections animales (lisier, fumier). Ils s'infiltrent lentement dans les nappes phréatiques par percolation depuis les parcelles agricoles. Les concentrations augmentent régulièrement depuis les années 1970 dans les bassins céréaliers et d'élevage intensif.

Effets sur la santé

À forte concentration, les nitrates perturbent le transport de l'oxygène dans le sang : ils se transforment en nitrites dans l'organisme, qui oxydent l'hémoglobine en méthémoglobine (maladie du "bébé bleu" ou méthémoglobinémie). Risque critique pour les nourrissons de moins de 6 mois dont l'acidité gastrique est insuffisante pour bloquer cette conversion. Le CIRC évalue une association possible avec certains cancers digestifs (côlon, rectum) pour une exposition chronique.

Que faire si ma commune est concernée ?
Pour les nourrissons (< 6 mois) : ne pas utiliser l'eau du robinet dès 50 mg/L ; certains pédiatres recommandent la précaution dès 25 mg/L. Pour les adultes et enfants plus âgés : pas de risque immédiat en dessous de la limite. Les filtres par osmose inverse réduisent significativement les nitrates ; les filtres à charbon actif sont inefficaces contre les nitrates.
Nitrites (NO₂⁻) Limite réglementaire — 0,5 mg/L

Forme réduite des nitrates, produite soit par des bactéries nitrate-réductrices présentes dans le réseau (signe d'un problème de désinfection), soit par une teneur excessive en nitrates dans la ressource. Les nitrites agissent plus directement et rapidement que les nitrates sur l'hémoglobine.

Effets sur la santé

Méthémoglobinémie plus rapide et plus sévère qu'avec les nitrates seuls, car les nitrites oxydent directement l'hémoglobine sans étape intermédiaire. La limite réglementaire (0,5 mg/L) est fixée très en dessous du seuil de risque aigu.

Que faire si ma commune est concernée ?
Arrêter de consommer l'eau pour les nourrissons et femmes enceintes en attendant les résultats de contrôle. Contacter le distributeur pour identifier la source (contamination bactérienne du réseau ou ressource souterraine naturellement riche en nitrites).
Ammonium (NH₄⁺) Valeur de référence — 0,1 mg/L

Forme ionisée de l'ammoniac, pouvant indiquer une pollution organique (eaux usées, effluents agricoles), une activité bactérienne anormale dans le réseau, ou une présence naturelle dans certaines eaux souterraines réductrices. L'ammonium consomme du chlore lors de la désinfection, ce qui réduit l'efficacité du traitement.

Effets sur la santé

L'ammonium n'est pas directement toxique aux concentrations rencontrées dans l'eau potable. Sa principale nuisance est indirecte : il neutralise le chlore désinfectant et peut masquer une contamination bactérienne.

Que faire si ma commune est concernée ?
Signal d'alerte pour le distributeur, qui doit renforcer la désinfection et identifier la source. Pas de mesure immédiate requise pour le consommateur en dessous de la valeur de référence.
pH Plage de référence — 6,5 à 9,0

Le pH mesure l'acidité (ou basicité) de l'eau sur une échelle de 0 (très acide) à 14 (très basique), 7 étant neutre. La plage réglementaire de 6,5 à 9,0 correspond à une eau ni trop corrosive ni trop incrustante. Le pH est mesuré à chaque étape du traitement et ajusté chimiquement si nécessaire (ajout de chaux, CO₂…).

Effets sur la santé

Un pH trop bas (eau acide) corrode les canalisations métalliques et libère des métaux (plomb, cuivre, zinc) dans l'eau : c'est le risque principal. Un pH trop élevé peut provoquer des dépôts calcaires, réduire l'efficacité du chlore, et donner un goût désagréable à l'eau.

Que faire si ma commune est concernée ?
Si votre eau a un goût légèrement acide ou corrosif, laisser couler quelques secondes avant utilisation. Le distributeur ajuste le pH en station. Si le problème vient de canalisations intérieures, contacter votre propriétaire.
Turbidité Valeur de référence — 2 NFU

La turbidité mesure la clarté de l'eau, liée à la concentration en particules en suspension (argile, limons, matière organique, micro-organismes). Elle est exprimée en Nephelometric Turbidity Unit (NFU). Une eau trouble peut provenir d'une perturbation du réseau (travaux, coup de bélier), d'une forte pluie mobilisant les sols, ou d'un défaut de filtration en station.

Effets sur la santé

La turbidité en elle-même n'est pas toxique, mais les particules peuvent protéger des micro-organismes des UV et du chlore lors de la désinfection. Une turbidité élevée est souvent le signe d'un risque microbiologique potentiel, d'où une surveillance renforcée.

Que faire si ma commune est concernée ?
Eau trouble ? Laisser couler 1–2 minutes. Si la turbidité persiste, ne pas consommer et contacter le distributeur. En cas d'alerte publique, filtrer ou bouillir l'eau.
Conductivité Plage de référence — 200 à 1 100 µS/cm

La conductivité électrique de l'eau mesure sa teneur globale en sels et minéraux dissous (calcium, magnésium, sodium, chlorures, sulfates, bicarbonates…). C'est un indicateur global de minéralisation. Elle varie naturellement selon la géologie locale : les eaux de granite sont peu minéralisées (< 100 µS/cm), celles de terrains calcaires ou gypseux peuvent dépasser 500 µS/cm.

Effets sur la santé

Pas de risque direct lié à la conductivité en elle-même. Une forte minéralisation (dureté élevée) peut former du tartre dans les appareils ménagers. Une valeur très basse peut indiquer une eau trop douce et corrosive.

Que faire si ma commune est concernée ?
Paramètre de surveillance du distributeur. Une variation soudaine hors norme déclenche une investigation sur la source d'eau. Aucune mesure immédiate requise pour le consommateur.
Température Valeur de référence — ≤ 25 °C

La température de l'eau en distribution est surveillée car une eau chaude favorise la prolifération bactérienne. La valeur de référence de 25 °C est rarement atteinte pour l'eau froide du réseau public, mais peut l'être dans les tuyauteries exposées au soleil ou dans des bâtiments mal isolés.

Effets sur la santé

Eau chaude stagnante : risque de légionellose (Legionella pneumophila), principalement dans les installations d'eau chaude sanitaire intérieures (chauffe-eau, douches), pas dans le réseau public d'eau froide.

Que faire si ma commune est concernée ?
Faire couler l'eau froide quelques secondes avant utilisation, surtout après une stagnation nocturne. Maintenir les chauffe-eau à 60 °C pour prévenir la légionelle. Ne jamais utiliser l'eau chaude du robinet pour préparer des aliments ou boissons.
Carbone organique total (COT) Valeur de référence — 2 mg/L

Le COT mesure la concentration totale en matières organiques dissoutes dans l'eau : acides humiques et fulviques issus de la décomposition végétale, effluents industriels ou agricoles, algues mortes. Un COT élevé en entrée de station de traitement complique la désinfection et favorise la formation de sous-produits chlorés (trihalométhanes, acides haloacétiques).

Effets sur la santé

Le COT lui-même n'est pas directement toxique. C'est son interaction avec les désinfectants qui génère des sous-produits potentiellement nocifs (voir Trihalométhanes et Acides haloacétiques).

Que faire si ma commune est concernée ?
Paramètre de pilotage de la filière de traitement. Un excès entraîne un renforcement de la coagulation, de la floculation et de la filtration en amont de la chloration.
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Désinfection

La désinfection au chlore est le procédé le plus utilisé en France pour éliminer les micro-organismes de l'eau potable. Si elle est essentielle à la sécurité sanitaire, elle génère des sous-produits de réaction dont certains font l'objet d'une surveillance réglementaire stricte.

Chlore résiduel libre Valeur de référence — ≤ 0,3 mg/L recommandé

Le chlore est ajouté en sortie de traitement pour éliminer les bactéries et maintenir une barrière antibactérienne dans tout le réseau jusqu'au robinet. Plus le réseau est long, plus la teneur diminue. La teneur optimale recommandée est entre 0,1 et 0,3 mg/L. Un excès donne une odeur et un goût prononcés sans danger pour la santé.

Effets sur la santé

Aux concentrations réglementées, le chlore résiduel est sans danger. À très fortes doses (accidents industriels, surdosage), il peut irriter les voies respiratoires et les muqueuses. Certaines personnes sensibles perçoivent l'odeur dès 0,1 mg/L.

Que faire si ma commune est concernée ?
Si le goût ou l'odeur de chlore vous gêne, versez l'eau dans une carafe ouverte et attendez 30 minutes (ou mettez-la au réfrigérateur) : le chlore se dissipe. Ne cherchez pas à l'éliminer chimiquement, il protège contre les bactéries.
Trihalométhanes (THM) Limite réglementaire — 100 µg/L

Les trihalométhanes (chloroforme, bromoforme, dibromochlorométhane, bromodichlorométhane) se forment lors de la réaction entre le chlore et les matières organiques naturelles de l'eau (acides humiques et fulviques). Leur formation augmente avec la température de l'eau, la teneur en matières organiques et la dose de chlore. La concentration varie selon les saisons.

Effets sur la santé

Classés possiblement cancérogènes (groupe 2B, CIRC). Une exposition chronique à des concentrations élevées est associée à un risque accru de cancer de la vessie dans des études épidémiologiques. Risque majoré chez les nageurs (absorption cutanée et par inhalation). Les femmes enceintes sont plus vulnérables.

Que faire si ma commune est concernée ?
Un filtre à charbon actif (certifié NSF 53 ou NF 58) réduit efficacement les THM. Laisser couler l'eau avant utilisation. Faire bouillir peut concentrer les THM (ils s'évaporent partiellement, mais l'eau se concentre si couverte). Boire l'eau en carafe ouverte au réfrigérateur est une bonne pratique.
Acides haloacétiques (AHA) Limite réglementaire — 60 µg/L

Famille de sous-produits de chloration comprenant les acides chloroacétique, dichloroacétique, trichloroacétique et leurs homologues bromés. Ils se forment dans les mêmes conditions que les THM mais par des voies chimiques différentes. Leur concentration est souvent corrélée à celle des THM dans un réseau donné.

Effets sur la santé

L'acide dichloroacétique est classé cancérogène probable (groupe 2A, CIRC) ; l'acide trichloroacétique est possible (groupe 2B). Des effets hépatiques et rénaux sont documentés chez l'animal. La directive européenne 2020/2184 a abaissé la limite de 80 à 60 µg/L.

Que faire si ma commune est concernée ?
Filtration au charbon actif efficace. Le distributeur peut réduire les AHA en abaissant la dose de chlore (si le réseau le permet), en améliorant l'élimination des matières organiques en amont (coagulation renforcée), ou en remplaçant la chloration par d'autres désinfectants (UV, ozone).
Chlore total Paramètre informatif

Somme du chlore libre (actif, désinfectant) et du chlore combiné (chloramines, moins actives). Un écart important entre chlore total et chlore libre indique la formation de chloramines, souvent due à la présence d'ammonium ou de matières azotées. C'est un indicateur de suivi du processus de désinfection.

Effets sur la santé

Les chloramines sont moins volatiles que le chlore libre et persistent plus longtemps dans l'eau. Elles peuvent provoquer des irritations oculaires et des problèmes respiratoires en milieu confiné (piscines).

Que faire si ma commune est concernée ?
Paramètre de pilotage pour le distributeur. Pas de mesure requise pour le consommateur.
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Métaux

Les métaux dans l'eau potable proviennent de deux sources : l'environnement naturel ou industriel (contamination de la ressource en eau) et les matériaux du réseau de distribution (canalisations, soudures, robinetteries). Dans ce second cas, la concentration augmente lors de la stagnation de l'eau dans les tuyauteries.

Plomb (Pb) Limite réglementaire — 10 µg/L (→ 5 µg/L en 2036)

Le plomb est présent dans l'eau uniquement par dissolution des canalisations intérieures en plomb (présentes dans les constructions antérieures à 1948) ou des branchements de raccordement publics en plomb encore existants dans certains quartiers anciens. Il est absent de la ressource naturelle dans la grande majorité des cas. La France a interdit les canalisations en plomb en 1995 mais de nombreuses installations anciennes n'ont pas encore été remplacées.

Effets sur la santé

Le plomb est neurotoxique sans aucun seuil d'innocuité connu (pas de dose sans risque). Chez les enfants de moins de 6 ans, même une très faible exposition chronique altère le développement cognitif (baisse du QI, troubles comportementaux, TDAH). Chez l'adulte : hypertension artérielle, insuffisance rénale, neuropathies périphériques. Risque accru pendant la grossesse (passage placentaire). Le saturnisme infantile reste un problème de santé publique en France.

Que faire si ma commune est concernée ?
1) Laisser couler l'eau froide 2 minutes le matin avant consommation. 2) N'utilisez jamais l'eau chaude du robinet pour cuire ou boire. 3) Installez un filtre certifié NSF 53 ou NF 58 (filtre à charbon actif avec certif. anti-plomb). 4) Pour les biberons : eau embouteillée recommandée en cas de doute. 5) Demandez à votre propriétaire ou bailleur social une vérification et remplacement des canalisations. 6) Les locataires peuvent demander un diagnostic plomb au syndicat des copropriétaires.
Nickel (Ni) Limite réglementaire — 20 µg/L

Le nickel migre depuis les robinetteries chromées ou nickelées, les joints, les vannes et certains matériaux de tuyauterie. La concentration est souvent plus élevée dans le premier jet d'eau du matin (eau ayant stagné dans les robinets overnight). Il peut aussi provenir de certains sols ou activités industrielles.

Effets sur la santé

Réactions allergiques cutanées chez les personnes sensibilisées au nickel. À fortes doses chroniques, des effets sur les reins et le système respiratoire ont été documentés. Le nickel est classé cancérogène certain (groupe 1) pour les voies inhalées, mais le risque par ingestion via l'eau est beaucoup plus faible.

Que faire si ma commune est concernée ?
Laisser couler l'eau quelques secondes le matin avant utilisation. Envisager de remplacer les robinetteries anciennes par des modèles certifiés sans nickel (norme NF EN 15664). En cas de dépassement régulier, contacter le distributeur.
Cuivre (Cu) Limite réglementaire — 2 mg/L

Le cuivre provient de la corrosion des canalisations et raccords en cuivre, très répandus dans les constructions françaises des années 1960 à 1990. Une eau acide (pH bas) ou faiblement minéralisée augmente la dissolution du cuivre. La teneur est plus élevée dans le premier jet, après une nuit de stagnation.

Effets sur la santé

À dose élevée (> 3 mg/L), le cuivre provoque des nausées, vomissements, diarrhées. Une intoxication chronique (rare en France) peut affecter le foie et les reins. La teneur en cuivre dans l'eau potable est généralement bien inférieure à la limite. Un excès donne un goût métallique prononcé.

Que faire si ma commune est concernée ?
Laisser couler l'eau le matin 30 secondes à 1 minute. Si votre eau a un goût métallique persistant, faire analyser l'eau et vérifier le pH (une eau acide corrode plus le cuivre). Les adoucisseurs d'eau peuvent aggraver le phénomène.
Cadmium (Cd) Limite réglementaire — 5 µg/L

Métal lourd d'origine principalement industrielle (fonderies, batteries, galvanoplastie) ou agricole (engrais phosphatés contenant des impuretés de cadmium). Il s'accumule dans les sols et peut contaminer les nappes phréatiques sur de longues périodes. Il peut aussi migrer depuis de vieilles soudures de canalisations galvanisées.

Effets sur la santé

Classé cancérogène certain (groupe 1, CIRC) pour le cancer du poumon. Fortement néphrotoxique : il s'accumule dans les reins pendant des décennies et provoque une insuffisance rénale irréversible (maladie Itai-Itai au Japon). Les os sont également touchés (ostéoporose, fractures). La demi-vie biologique du cadmium dans les reins est de 10 à 30 ans.

Que faire si ma commune est concernée ?
En cas de dépassement de la limite, ne pas consommer l'eau et alerter l'ARS. Une investigation obligatoire sur la source de contamination est déclenchée. Le cadmium ne peut pas être éliminé par des filtres domestiques courants ; l'osmose inverse est nécessaire.
Chrome (Cr) Limite réglementaire — 50 µg/L (chrome total)

Le chrome peut être présent sous deux formes très différentes : le chrome trivalent (Cr³⁺), peu soluble et peu dangereux, et le chrome hexavalent (Cr⁶⁺, chromate/dichromate), très soluble et très toxique, issu d'activités industrielles (tanneries, traitement de surface, galvanoplastie, industrie chimique). La réglementation porte sur le chrome total.

Effets sur la santé

Le chrome hexavalent est classé cancérogène certain (groupe 1, CIRC) pour le cancer du poumon par voie inhalée. Par voie orale, il est génotoxique et peut causer des lésions du tube digestif, du foie et des reins. Des études épidémiologiques américaines (affaire Hinkley, rendue célèbre par Erin Brockovich) ont documenté son lien avec des cancers à des concentrations très basses.

Que faire si ma commune est concernée ?
En cas de dépassement, ne pas consommer. L'origine industrielle doit être identifiée et traitée à la source. La surveillance est renforcée dans les zones proches d'activités industrielles historiques.
Antimoine (Sb) Limite réglementaire — 10 µg/L

Métal trace pouvant migrer depuis certains matériaux de tuyauterie (PVC, alliages métalliques, soudures) ou provenir d'une pollution industrielle locale (mines, fonderies, papier). Il peut également être libéré par certains plastiques (PET) dans des conditions de stockage défavorables.

Effets sur la santé

Irritant gastro-intestinal à fortes doses (symptômes similaires à un empoisonnement à l'arsenic). Classé cancérogène possible (groupe 2B, CIRC). Les données toxicologiques restent incomplètes pour les très faibles expositions chroniques.

Que faire si ma commune est concernée ?
Laisser couler l'eau avant utilisation pour purger l'eau stagnante dans les robinets. En cas de dépassement régulier, faire inspecter les canalisations et contacter le distributeur.
Fer (Fe) Valeur de référence — 200 µg/L

Le fer est naturellement présent dans de nombreuses eaux souterraines, sous forme dissoute en conditions anaérobies (manque d'oxygène). Il provient également de la corrosion des vieilles conduites en fonte ou en acier du réseau de distribution. Au contact de l'oxygène, il précipite sous forme d'hydroxydes ferreux, donnant une couleur brunâtre ou orangée à l'eau.

Effets sur la santé

Le fer n'est pas directement dangereux pour la santé aux concentrations habituellement trouvées dans l'eau potable. Il affecte surtout la qualité organoleptique : goût ferreux, couleur brunâtre, taches sur le linge et les sanitaires.

Que faire si ma commune est concernée ?
Laisser couler l'eau quelques secondes pour purger les particules de rouille. Si l'eau est régulièrement colorée, signaler au distributeur pour inspection du réseau. Un filtre à sédiments peut être utile pour protéger les appareils électroménagers.
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Pesticides

La France est l'un des plus grands consommateurs de pesticides en Europe. Ces substances phytosanitaires (herbicides, fongicides, insecticides) atteignent les eaux souterraines et superficielles par ruissellement et drainage depuis les parcelles agricoles. Les concentrations dans l'eau potable reflètent les pratiques agricoles du bassin versant, parfois avec un décalage de plusieurs années dû à la lenteur du transfert dans les nappes.

Total pesticides Limite réglementaire — 0,5 µg/L (cumul)

Somme de toutes les substances phytosanitaires et métabolites détectées dans l'eau. Depuis 2023, la réglementation intègre également les métabolites non pertinents (MNR), dont certains sont détectés à des concentrations importantes. Cette limite globale s'applique en complément des limites individuelles par substance (0,1 µg/L chacune).

Effets sur la santé

Les effets dépendent de chaque molécule. Les préoccupations les plus documentées : perturbation endocrinienne, neurotoxicité, génotoxicité. La plupart des données toxicologiques portent sur des expositions professionnelles à fortes doses, les effets à très faibles doses chroniques restant un sujet de recherche active.

Que faire si ma commune est concernée ?
Un filtre à charbon actif de qualité (certifié NSF 58 ou NF 58) est efficace contre de nombreux pesticides organiques. L'osmose inverse élimine quasi tous les contaminants. En cas de dépassement réglementaire, une restriction de consommation est émise par l'ARS.
Glyphosate Limite réglementaire — 0,1 µg/L

L'herbicide le plus utilisé au monde (principe actif du Roundup et de nombreux génériques). Employé en grande culture pour le désherbage et la dessiccation avant récolte, en viticulture, en entretien des voies ferrées et des espaces verts. Il atteint l'eau via le ruissellement et le drainage. Sa dégradation génère de l'AMPA. La controverse scientifique sur sa cancérogénicité (CIRC groupe 2A vs. EFSA et EPA) reste non résolue.

Effets sur la santé

À très faibles doses (concentrations trouvées dans l'eau potable), aucun risque aigu établi. Une exposition chronique est suspectée de perturber le microbiote intestinal, d'affecter le système endocrinien et le système reproducteur. La classification "cancérogène probable" du CIRC (2015) concerne principalement les agriculteurs exposés professionnellement.

Que faire si ma commune est concernée ?
Filtre à charbon actif ou osmose inverse efficaces. Aucune mesure urgente en dessous de la limite. Soutenir la réduction de l'usage agricole via les choix de consommation alimentaire (agriculture biologique).
AMPA Paramètre informatif (pas de limite fixée)

L'AMPA (acide aminométhylphosphonique) est le principal métabolite issu de la dégradation du glyphosate dans l'environnement. Plus persistant que le glyphosate lui-même, il est souvent retrouvé en concentrations plus élevées dans les eaux souterraines. Sa présence révèle un usage passé ou continu du glyphosate sur le bassin versant.

Effets sur la santé

Les données toxicologiques sur l'AMPA seul sont incomplètes. Il est présumé moins toxique que le glyphosate. Sa surveillance est pertinente comme marqueur d'exposition cumulée au glyphosate.

Que faire si ma commune est concernée ?
Indicateur indirect de contamination par glyphosate. Un filtre à charbon actif peut aider. Paramètre à suivre dans les zones d'agriculture intensive.
Dalapon Limite réglementaire — 0,1 µg/L

Herbicide sélectif contre les graminées, utilisé en agriculture et historiquement pour l'entretien des voies ferrées (SNCF). Sa détection dans l'eau révèle une contamination par ruissellement depuis les zones agricoles traitées ou les abords de voies ferrées. Son usage est désormais très limité en France, et ses concentrations dans l'eau tendent à diminuer.

Effets sur la santé

Faible toxicité aiguë. Des effets sur le foie et les reins ont été observés chez les rongeurs à fortes doses expérimentales. Non classé cancérogène. Risque pour la santé humaine considéré comme faible aux concentrations rencontrées dans l'eau potable.

Que faire si ma commune est concernée ?
Filtre à charbon actif efficace. En cas de dépassement, le distributeur identifie la source (proximité de zones ferroviaires ou de cultures traitées) et adapte le traitement.
Glufosinate Limite réglementaire — 0,1 µg/L

Herbicide non sélectif utilisé comme alternative au glyphosate dans certaines cultures et pour l'entretien des espaces verts. Interdit dans certains usages en France depuis 2017 (suspicion d'effets reprotoxiques), mais encore présent dans les nappes en raison de sa persistance. Sa fréquence de détection varie selon les régions agricoles.

Effets sur la santé

Neurotoxique à fortes doses : crises convulsives documentées dans des cas d'intoxication aiguë accidentelle. Suspicion d'effets reprotoxiques (malformations embryonnaires chez l'animal). Classé toxique pour la reproduction catégorie 1B.

Que faire si ma commune est concernée ?
Filtre à charbon actif. Surveiller les alertes de l'ARS dans les zones agricoles concernées. La restriction d'usage devrait entraîner une diminution progressive des concentrations dans les nappes.
Fosetyl-aluminium Limite réglementaire — 0,1 µg/L

Fongicide systémique utilisé principalement en viticulture et arboriculture pour lutter contre le mildiou et la phytophthora. Très soluble, il se retrouve fréquemment dans les eaux de certaines régions viticoles françaises (Bordelais, Languedoc, Alsace). Une dérogation réglementaire temporaire à 0,5 µg/L avait été accordée puis annulée, faisant l'objet de vifs débats entre autorités sanitaires et filière viticole.

Effets sur la santé

Faible toxicité directe : non génotoxique, non cancérogène, non reprotoxique selon les évaluations réglementaires. Sa présence élevée dans certaines eaux alimentaires est un sujet de préoccupation environnementale et réglementaire, indépendamment de sa toxicité propre.

Que faire si ma commune est concernée ?
Filtre à charbon actif. La controverse autour du fosetyl illustre la tension entre pratiques agricoles et qualité de l'eau. Thème de pression citoyenne pour la réduction des intrants en viticulture.
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Hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP)

Les HAP sont des composés organiques formés lors de la combustion incomplète de matières organiques. Dans l'eau potable, leur présence est principalement liée aux vieilles conduites en fonte revêtues intérieurement de goudron de houille, utilisées jusqu'aux années 1970. Ce revêtement vieillissant libère des HAP par contact avec l'eau.

Benzo(a)pyrène (B(a)P) Limite réglementaire — 0,01 µg/L

Hydrocarbure aromatique polycyclique de référence, utilisé comme indicateur de la contamination par les HAP. Dans l'eau potable, il provient principalement de la corrosion des conduites en fonte revêtues de goudron de houille, ou de contaminations industrielles ou routières ponctuelles. Sa limite réglementaire (0,01 µg/L) est la plus basse parmi tous les paramètres surveillés, reflétant sa très forte toxicité.

Effets sur la santé

Classé cancérogène certain (groupe 1, CIRC). Génotoxique et mutagène : il forme des adduits à l'ADN pouvant initier des tumeurs. Associé à des cancers du poumon, de la peau, de la vessie et du système digestif. L'exposition par l'eau s'ajoute à celle liée à l'alimentation (viandes grillées, poissons fumés) et à la pollution atmosphérique.

Que faire si ma commune est concernée ?
En cas de dépassement, ne pas consommer l'eau sans filtration efficace. Un filtre à charbon actif de qualité (certifié) réduit significativement les HAP. La solution pérenne est le remplacement des conduites en fonte goudronnée : travaux à charge du gestionnaire du réseau public.
HAP (4 substances réglementées) Limite réglementaire — 0,1 µg/L (cumul)

Surveillance cumulée de 4 HAP réglementés : benzo(b)fluoranthène, benzo(k)fluoranthène, benzo(g,h,i)pérylène et indéno(1,2,3-cd)pyrène. Même origine que le benzo(a)pyrène. Leur détection simultanée est caractéristique de la présence de conduites en fonte revêtues de goudron de houille dans le réseau de distribution.

Effets sur la santé

Cancérogènes possibles ou probables (groupes 2A et 2B, CIRC) selon les composés. Leur surveillance conjointe permet d'évaluer la contamination globale par les HAP issus du revêtement en goudron.

Que faire si ma commune est concernée ?
Même approche que pour le benzo(a)pyrène. Filtration au charbon actif et remplacement des conduites à terme. Les gestionnaires de réseaux ont des plans pluriannuels de remplacement des conduites en fonte goudronnée.
Sources et références : Hub'Eau – Ministère de la Santé · OMS – Guidelines for Drinking-water Quality · Directive 2020/2184 / Code de la santé publique · CIRC – Monographies sur les cancérogènes